Ça défouraille à tout-va. Ça brocarde les petites manies de la bourgeoisie autant que celles des fonctionnaires ou des ouvriers. De sa plume bien sentie, Georges Courteline croque avec un humour noir, ravageur, le portrait sans concession de ses contemporains et signe des pièces courtes savoureuses que la mise en scène virevoltante et colorée de Bertrand Mounier souligne avec ingéniosité. Bravo !

Ils sont six comédiens, quatre hommes, deux femmes. Tous de noir vêtus, ils vont, grâce à quelques accessoires de couleurs, accrochés à des chaînes métalliques tout autour de la scène, habiter différents personnages, de la femme adultère à l’épouse bafouée, de l’employé de bureau flemmard au patron excédé, en passant par le mari cocu à celui qui ne peut plus voir sa moitié en peinture.
 
Avec gouaille et un humour un brin cynique, Georges Courteline s’amuse à dépeindre les mœurs de son temps. Il n’épargne rien ni personne. Egratignant autant les bourgeois que les petites gens, il dresse un portrait sans fard de la société de cette fin du XIXe siècle et début du XXe. Tout est permis pour faire un bon mot, la légèreté et la futilité des femmes, la paresse et la naïveté des hommes, l’absurdité des lois. 

Si l’on se laisse totalement embarquer dans ce tourbillon de saynètes pétillantes et acidulées, c’est aussi grâce au talent et à la présence scénique de comédiens particulièrement lumineux et admirables. Sous le regard bienveillant et réjoui, d’une Isabelle de Botton déchaînée et d’un Philippe Perussel truculent, Salomé Villiers (en alternance avec Raphaëlle Lemann) déploie charme et picaresque pantomime, Bertrand Mounier (en alternance avec François Nambot) posture décalée et génie comique, Etienne Launay attitude cabotine et séduction burlesque, enfin Pierre Hélie, sourire enjôleur et ténébreux.

Cette Affaire Courteline se laisse déguster avec gourmandise. Courrez vous délecter de  ce moment de théâtre hors du temps, drôle et finement mené. 

Informations pratiques : 
L’affaire Courteline, sept pièces courtes de Georges Courteline
jusqu’au 6 mai 2018
du mardi au samedi à 19h et le dimanche à 16h
durée 1h20

Générique :
mise en scéne de Bertrand Mounier
avec Isabelle de Botton, Salomé Villiers ou Raphaëlle Lemann, Etienne Launay, Pierre Hélie, Philippe Perrussel, Bertrand Mounier ou François Nambot
collaboration artistique : François Nambot
scénographie de Virginie H. et Bertrand Mounier
costumes de Virginie H.
création musicale de Kahina Ouali

Lieu :
Théâtre du Lucernaire – Théâtre rouge
53, rue Notre-Dame des Champs
75006 Paris

Comment y aller ?
métro Notre-Dame des Champs (ligne 12), Vavin (ligne 4) et Edgar Quinet (ligne 6)
Bus 58, 68, 82, 91, 94, 96

Réserver :
sur le site du théâtre du lucernaire
par téléphone au 01 45 44 57 34

Crédit photos : © Julien Jovelin
Crédit Affiche : © Franck Harscouët